La malle aux émotions

Il fut un temps pas si lointain, où les hommes côtoyaient les fées. Les créatures de l’univers, celle de la terre et celles des cieux, leur rendaient visite quelquefois.
Dans une contrée vibrante et froide, comme on en rencontrait beaucoup, vivait une femme solide et rude, seule élevant ses cinq enfants. Rude, je l’avoue.
Des larmes naissaient en son cœur à chaque jour qui s’écoulait, car enfin elle désespérait de marier un jour son aînée.
La petite était fort jolie, c’était un fait, on vous le dit.
Vaillante et forte comme les montagnes.
Et dans ses yeux bleus scintillait la vive étincelle du génie.

Oui mais voilà, mais voilà oui, elle avait perdu son trésor. Tout ce qui donne à chaque vie, son sens profond et son corps. Elle avait égaré la clé de ce que d’aucun appelait, la malle aux émotions.
Coffre, pourtant pas si secret, cachant des trésors étonnants :

De la colère pour les jours sombres à en faire pâlir les éclairs.
Une tristesse des plus profondes qui savait même noyer la mer.
On y trouvait – et c’est curieux… – mares de chagrin, lacs de peine, et, comme délaissés des Dieux, torrents de souffrance et de haine.
On y trouvait – et c’est tant mieux ! – des pluies de joie en arcs-en-ciel. Des champs de rires qui, paraît-il, pouvaient éclipser le tonnerre.
S’y promenait aussi l’amour, au bras fleuri des jours aimants. De la tendresse tout autour qui savait charmer les enfants.
On y trouvait bien d’autres choses mais l’affaire était triste hélas. Car sans la clé, on le suppose, sans émotion, non ! Point de grâce.

A chaque homme qui se présentait, si courtisan qu’il fut enfin, la petite était au regret de ne pouvoir offrir sa main. Non ! Elle ne pouvait rien offrir car rien en elle n’avait d’écho, pas même les chansons les plus belles, ni même les sonnets les plus beaux.

Elle se cachait des prétendants, voyant en eux des ennemis, qui auraient voulus lui voler ses trésors à jamais enfouis. Elle restait sourde à leurs tirades, à leurs cadeaux, à leur amour. Rien ne résonnait en son cœur, son cœur aussi faisait le sourd.
Et puis un jour…

Un jour d’été sous un soleil qui faisait piaffer les oiseaux, un chevalier vaillant et fier lui fit le présent le plus beau.
Il lui montra – comment fît-il ? Ça personne ne s’en souvient – la belle clé qui, en exil, était cachée dedans son sein.
Eh oui, la clé était en elle, voyez donc bien comme c’est idiot. Dedans son cœur, jeune pucelle n’avait jamais lorgné si haut.

Et que crois-tu qu’elle fit alors ?
Elle avala la clé si belle, pour ne plus la revoir jamais. Eh oui, vois-tu la demoiselle, avait très peur de ses secrets.
Elle craignait tant ses émotions, tous ces torrents, tous ces ciels bleus, que ne rien ressentir alors était son bien le plus précieux.

Qu’advint-il de cette demoiselle ?

L’histoire raconte, on dit partout, qu’elle mourut dans sa vingtaine, le cœur petit comme un caillou.

Extrait du livre Mon inconnue du wagon 33, en vente sur Amazon et auprès de moi (contact)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :